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Enfants précoces, école, éducation et conseils.

enfant précoce

La précocité intellectuelle concerne 2% des enfants en France. C’est une riche potentialité qui permet de développer des talents intellectuels, artistiques, sportifs, relationnels. Elle se diagnostique principalement par une observation clinique et se confirme par des tests psychométriques. Cependant, ces personnes à haut potentiel ont souvent des inadaptations face à leur environnement familial ou scolaire et souffrent de la non-reconnaissance de leur potentiel.

En France, le nombre d’enfants précoces âgés de 6 à 16 ans avoisinerait les 400 000, soit 4% de la population. Afin que leur scolarité se passe le mieux possible, nous avons demandé à Annie Reithmann, chef d’établissement d’Ipécom, quelques précieux conseils.

Qu’est-ce qu’un enfant intellectuellement précoce ?

Pourquoi avez-vous décidé de fonder une école pour les élèves à haut potentiel ?

Annie Reithmann – J’ai d’abord créé la prépa HEC avec Dove Attia en 1989 et nous avions commencé en parallèle du soutien scolaire pour le lycée. C’est en 1996, au moment où j’ai repris l’école à mon nom, que j’ai décidé d’ouvrir un lycée pour enfants à haut potentiel. Car lors des stages que nous organisions, je constatais qu’il y avait beaucoup d’élèves qui fonctionnaient très bien avec nous alors qu’ailleurs, ils étaient en échec scolaire.

Je détectais chez eux une façon de travailler très différente de celle des autres élèves. Au fur à mesure, je me suis rendue compte que ces jeunes avaient un parcours souvent atypique. Soit ils avaient sauté des classes, soit ils avaient des phobies scolaires…

Suite à ces constatations, je me suis rapprochée de certaines associations pour enfants précoces et j’ai beaucoup lu sur le sujet. C’est ainsi que j’ai décidé de me consacrer à ces élèves-là, car ils ont un vrai besoin de compréhension et de méthode différents des autres.

Comment distingue-t-on les élèves à haut potentiel ?

Annie Reithmann – En tant que parents, on peut constater leur précocité dès l’âge de 3 ans. On remarque qu’ils captent beaucoup plus vite que les autres, qu’ils ont envie d’apprendre des lettres, des mots, qu’ils enregistrent tout grâce à leur excellente mémoire. Le vocabulaire qu’ils utilisent est aussi extrêmement recherché, composé surtout de mots d’adultes.

Ils se posent également plus de questions métaphysiques sur le ciel, la mort…De plus, il est fréquent que ces jeunes à haut potentiel préfèrent la compagnie des adultes à celle des enfants de leur âge.

Quand dit-on d’un enfant qu’il est « précoce » ?

Annie Reithmann – Normalement à partir d’un QI de 130 puis il faut qu’il y ait une concordance entre les performances et les capacités de l’enfant. Très souvent, quand il y a un écart trop important entre ses deux aspects, c’est qu’il y a un problème et qu’il faut peut-être penser à une école spécialisée. Mais c’est vraiment le bien-être de l’enfant qui doit passer avant tout, et si ce dernier est heureux dans une école classique, il vaut mieux le laisser avec ses copains.

La précocité est-elle héréditaire ?

Annie Reithmann – Pas toujours, mais assez souvent.

La scolarité des élèves à haut potentiel

Quelle pédagogie pour les enfants surdoués ?

Annie Reithmann – L’adaptation réciproque, de la part du corps professoral et de l’élève est essentielle. Mais  il est improbable qu’il existe une méthode unique qui puisse être généralisé. Nous pouvons parler de méthodes au pluriel pour réussir et donner quelques indications.

  • Tout d’abord, commencer à donner du sens au savoir et parfois, pour les IP qui sont dans la soif de la connaissance, aller au plus difficile pour : 

Intéresser. Voir la globalité du problème et non passer par l’analytique (nécessaire mais qui ne correspond pas immédiatement à la pensée du précoce), rechercher une solution et donner envie de trouver une solution : attiser ainsi la curiosité intellectuelle, développer un challenge

Par exemple, un professeur, une maîtresse, peut mettre en place des bonus qui exonère un élève de faire 2 ou 3 exercices faciles ou ajouter des points sur les éléments qui sont généralement des faiblesses de ces élèves : rédaction, soin, clarté, souligne ou encadrer les résultats, faire une évaluation par rapport à la démonstration que l’élève fait de la maîtrise du programme ou du chapitre étudié.

Cette stratégie de la réussite peut marcher quand on observe qu’un élève pour travailler un exercice en maths par exemple, choisit l’axe le plus compliqué au lieu d’aller au plus simple. Ainsi commencer par le plus complexe permet souvent aux enfants précoces d’adhérer au projet de connaissance et ainsi de leur donner du plaisir

  • Premier constat pour qu’un élève réussisse : 

Le plaisir est le moteur de la motivation. Pour les élèves précoces en difficultés cette stratégie peut être séduisante mais elle a du mal a fonctionné car les lacunes pour ceux qui sont au collège et au lycée accumulées sont tellement fortes que ces élèves sont bloqués. Il vaut mieux préconiser ainsi une démarche qui n’est pas forcément agréable immédiatement pour ces élèves mais oh combien utile : l’analytique, le repérage par le détail, agrémenté évidemment d’encadrement, de suivi et de dialogue.

Dans le primaire les élèves qui s’évadent son souvent des élèves qui connaissent déjà, d’où la nécessité d’une pédagogie différenciée. La pédagogie par contrat est absolument nécessaire mais ce contrat doit être dans les 2 sens : chacun y gagne un peu et y perd un peu aussi : en tant qu’adulte, on est obligée de faire un pas vers l’élève et d’accepter un peu de ce que nous n’acceptons pas généralement pour que, in fine, l’élève arrive à notre but. Mais lui donner un objectif à court terme et lui faire confiance pour qu’il l’atteigne sont autant d’éléments qui le poussent à la réussite.
Lourd débat sur la négociation : se mettre d’accord et renoncer en partie pendant quelque temps à l’élève idéal soit, mais une fois que le contrat est fait alors, la négociation devient impossible, donc là aussi, amener l’enfant à tenir ses promesses (d’où la nécessité de petits objectifs au départ, pour que le contrat tienne !).

  • Les recommandations :

Dès le jeune âge, mette en place une stratégie du travail dont on a besoin toute sa vie, que l’on soit précoce ou non d’ailleurs. Mais nous sommes tant tentés de laisser passer parce que notre enfant comprend tout… or comprendre n’est pas savoir et les rituels de travail sont indispensables au savoir et surtout au travail dans les classes supérieures telles les Prépa. Ces règles sont à apprendre dès le jeune âge, de la même façon que les règles de conduite en famille (on leur apprend à ne pas les transgresser pour qu’après, en classe, ils n’aient pas envie et ne se sentent pas autoriser à les transgresser).  Et c’est à nous de prendre la relève des familles pour faire comprendre qu’il y a une véritable jouissance à l’effort et au travail et que la meilleure récompense est la réussite et la fierté de soi.

Vous utilisez souvent le terme « enfant à haut potentiel » plutôt que « précoce », pourquoi ?

Annie Reithmann – Je préfère ce terme parce qu’ils ne sont pas « précoces » pour tout, et je n’aime pas le mot « surdoué » car on y trouve la notion de « don ». Avec leur QI plus développé « haut potentiel » me paraît plus neutre et plus réaliste.

Les enfants à haut potentiel ont-ils un profil semblable ?

Annie Reithmann – Non, ils en ont plutôt deux : il y a ceux qui restent en retrait, qui lisent beaucoup et dont la vie intérieure est très développée; puis il y a ceux que nous pourrions considérer comme « hyper actifs », sans cesse en mouvement. Ce n’est pas parce que l’on est hyper actif que l’on est précoce, mais quand on est un enfant à haut potentiel, on est souvent hyper actif.

Leur scolarité est-elle plus difficile ?

Annie Reithmann – Oui, parce qu’il peut y avoir un mal-être chez eux, dû au décalage qu’ils ressentent avec les jeunes du même âge. Ils se sentent incompris et cela les frustre beaucoup.

Ce sont des enfants qui ne savent pas gérer ce qu’ils ont en eux-mêmes, cette espèce de dysfonctionnement total entre leur rapidité d’esprit et leur lenteur pratique, constatée notamment avec l’écriture. On note une inadéquation entre leurs attentes, leur fonctionnement et le fonctionnement classique.

Ils ont besoin de donner un sens à tout. Il faut décortiquer et résoudre les problèmes avec eux jusqu’à ce qu’ils puissent reproduire eux-mêmes ces raisonnements. Les aider à comprendre le « pourquoi du comment » va aussi leur permettre de canaliser leur impulsivité. C’est donc à nous, parents et enseignants, de les aider à s’adapter à un monde qui ne colle pas forcément à leur façon d’être, en mettant aussi l’emphase sur la sociabilité.

Les élèves précoces se heurtent-ils généralement aux mêmes difficultés ?

Annie Reithmann – La lenteur pour l’écriture est une difficulté fréquemment rencontrée chez les enfants précoces. De plus, comme tout le travail est rapidement exécuté mentalement, ils n’ont plus envie ni de rédiger, ni d’approfondir par écrit. Leurs dissertations sont souvent très courtes, car ils vont à l’essentiel avec peu de mots. C’est bien, mais ça ne suffit pas.

Il leur est également très difficile d’apprendre par cœur et la grammaire pose parfois problème car beaucoup d’entre eux sont dyslexiques.

Ceci dit, les parents doivent savoir qu’un enfant précoce peut être tout à fait intégré si on le diagnostique assez tôt et on lui enseigne les bonnes méthodes.

L’enseignement d’Ipécom Paris.

Est-ce une bonne chose de les scolariser dans un établissement où ils se retrouvent entre eux ?

Annie Reithmann – Si un enfant hp est dans le système classique et que ça se passe bien, il n’a pas de raison de le changer, cela l’aidera d’autant plus à s’adapter. En revanche, il faudra être très présent dans sa scolarité.

Il sera important de le « nourrir » davantage, mais pas trop non plus, afin de ne pas accroître son décalage avec l’école. On pourra lui fournir des livres ou des analyses qui approfondiront le périmètre de ce qu’il a déjà appris, mais il faudra surtout éviter de lui faire faire le programme à l’avance car sinon, il s’ennuiera encore plus en classe.

Par contre, si l’on constate que l’ennui est trop grand, qu’il décroche, qu’il est malheureux, qu’il devient agressif ou phobique scolaire, il vaut mieux le mettre dans une école qui répondra davantage à sa précocité.

Quand les élèves à haut potentiel se retrouvent entre eux, ils se sentent forcément davantage compris, reconnus, et cela permet de régler rapidement pas mal de problèmes.

Quel type de scolarité propose Ipécom Paris pour ces enfants précoces ?

Annie Reithmann – Nous mettons l’accent sur la rigueur et attention positive, sur l’action non réaction, insistant sur la méthode et non sur la compréhension. Aussi nous développons l’exigence de devoir rédigé et de rendu (pas de négociation), le plaisir et la motivation, le rituel du travail et l’encadrement.

Comme il leur est difficile d’adopter les codes traditionnels à cause d’une organisation de pensée complètement différente, chez Ipécom, nous accordons beaucoup d’importance à la méthodologie. Nous expliquons étape par étape, le travail analytique y est prioritaire car ces enfants à haut potentiel ont une manière de penser plutôt globale. Le focus est mis là-dessus plutôt que sur le contenu ou sur la répétition.

Il est aussi nécessaire de leur inculquer une grande rigueur dans la structure de leur travail, tout en nourrissant leur créativité pour les aérer par rapport aux obligations scolaires. Par « rigueur », j’entends surtout trois obligations : apprendre par cœur, savoir rédiger et développer son argumentation. Sinon, on va retrouver fréquemment des enfants précoces très bons en classe sans travailler jusqu’à la troisième. Mais ensuite, ça se complique. Comme ils font tout tout seuls, les parents ne sont pas alertés tout de suite, mais si l’élève n’a pas développé des rituels de travail, c’est là que l’échec arrive.

L’un de mes dadas est donc de créer des automatismes de travail avec du par cœur, des fiches… et de leur faire adopter très tôt ces réflexes pour qu’après, ça devienne une seconde nature.

De plus, chez Ipécom, nos classes ont des effectifs réduits, entre 10 et 20 élèves, ce qui est très important afin d’optimiser le contact direct entre les enfants et le professeur.

Nous proposons également une « rigueur plus douce », bien présente, mais éloignée de la rigueur que l’on doit assumer sans broncher dans les établissements classiques.

Tous nos professeurs sont formés à une approche en phase avec ces enfants à haut potentiel, Ce sont toutes des personnes qui ont écrit des livres ou qui font autre chose à côté, elles sont humainement très riches, elles aiment leur métier et leurs élèves.

C’est avant tout la relation humaine qui compte car ces enfants fonctionnent généralement à l’affect, mais les enseignants gardent des principes de rigueur tout en permettant une certaine souplesse sur d’autres aspects.

Un professeur peut remettre sa méthode en question et en essayer une autre selon le tempérament de l’enfant. Si sanction il y a, ça ne doit pas être une sanction d’exclusion mais plutôt une sanction d’intégration, qu’il faudra toujours expliquer.

Passer un « contrat » avec l’élève est aussi une bonne chose : il en connaît les obligations et si elles ne sont pas respectées, il lui faudra en assumer les conséquences.

Les enfants reconnaissent souvent que ce cadre leur fait du bien.

Etre à l’écoute de l’enfant

Il y a-t-il plus d’enfants précoces aujourd’hui qu’il y a vingt ans ?

Annie Reithmann – Non, mais on les diagnostique davantage pour deux raisons : d’abord car on en parle plus, mais aussi parce que les programmes scolaires d’aujourd’hui sont très décortiqués et plus faibles. Ce qui ne favorise pas les élèves à haut potentiel.

Si l’on regarde par exemple les classes du primaire, on y aborde plein de matières, mais superficiellement. Les élèves touchent donc à tout mais rien n’en ressort, et l’écart se creuse car les enfants à haut potentiel apprennent la leçon en quinze secondes. Comme ça se répète d’une année sur l’autre, ils n’en peuvent plus. C’est un vrai déchirement pour eux et cela devient vite étouffant. Ils commencent l’école généralement enthousiastes, mais ça s’avère tellement répétitif qu’ils se sentent de plus en plus à part.

C’est alors qu’ils se mettent souvent à s’agiter tant ils s’ennuient. Ils sont prêts à faire n’importe quoi pourvu que ça bouge.

Etes-vous pour ou contre le fait de sauter une classe ?

Annie Reithmann – L’enfant peut sauter une classe s’il est mature au niveau psychique. Parfois, ils sont vraiment trop bébés et ils ont vraiment besoin de rapports affectifs, sinon ils prennent tout au tragique.

Je recommande le saut de classe seulement quand il y a un gros décalage et que l’enfant n’est pas très heureux dans sa classe. Mais cette décision doit vraiment se prendre avec l’approbation de l’enfant et l’assentiment des professeurs.

Très souvent, il y a une certaine fierté à ce que son enfant soit précoce, ça devient le faire valoir des parents. Et le but n’est pas du tout de pousser son enfant en classe si lui n’en a pas envie. En cas de doute, ça vaut parfois la peine que l’enfant aille passer un peu de temps dans la nouvelle classe pour voir comment il s’y sent. Les parents sont souvent inquiets quand ils apprennent que leur enfant est précoce.

Nous inaugurons pour l’année scolaire 2017-2018, une classe de 4ème – 3ème qui a pour objectif  de faire le programme 2 en un, avec un renforcement des cours en maths, français, anglais et une vue globale du programme de ces deux classes. Cette nouvelle classe permet à des élèves qui s’ennuient en 5ème/4ème, d’aller plus vite, aux élèves de 3ème qui ont des difficultés méthodologiques de refaire une année avec des perspectives plus riches en savoir et en méthodes …

Classe éclair, élèves hpi

 

Comment les rassurer ?

Annie Reithmann – Si l’on gère bien cette précocité, c’est une richesse inouïe, qui offre beaucoup de possibilités. Certes, ça demande un investissement parental un peu plus grand, mais il y a une telle curiosité de la part de ces enfants-là, ils sont tellement drôles ou riches intellectuellement que c’est vraiment agréable. Puis les précoces sont souvent très affectifs. Il ne faut pas avoir trop d’idées arrêtées sur ce sujet et garder juste deux mots en tête : écoute et compréhension.

Et si vous aviez un dernier conseil pour qu’ils réussissent leur scolarité ?
Annie Reithmann – Dès leur plus jeune âge, il est primordial de les aider à accepter l’effort. Soit par le sport, les puzzles… Les enfants doivent accepter la continuité de l’effort dans une action. Ils vont par exemple commencer le piano mais à partir du moment où il faut apprendre, ça les ennuie, alors ils changent d’activité. Ils font mille choses à la fois et ça ne sert à rien.

Mieux vaut leur dire : « quoi qu’il arrive, tu feras ton activité au moins deux ans. » Comme ça, ils seront obligés d’assumer un sens de l’effort. Et développer cette endurance sera l’une des clés de leur réussite.

Merci à Annie Reithmann, chef d’établissement d’Ipécom, lycée privé accueillant les élèves précoces à haut potentiel et Institut de préparation aux Ecoles de commerce.

Écrit par Cyril Cournoyer  actualisé par Annie Reithmann

 

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