L‘enseignant, contre le harcèlement à l’école

harcèlement à l'école

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Beaucoup d’exemples dans ma longue carrière de chef d’établissement et de professeur, témoignent que le sexisme est encore très présent au sein de notre société. Bien plus, la dérive langagière des jeunes et ce qui se passe sur la toile peuvent encourager et légitimer des comportements pervers.

Le harcèlement scolaire utilise ce sexisme pour agresser filles comme garçons.

Les formes de harcèlement

Tout d’abord, les injonctions, les injures sont monnaie courante au moment des pauses, des récréations ou même pendant des cours. « Pour s’amuser » disent les élèves pris sur le fait accompli… Par exemple, le langage sexiste et surtout les plaisanteries sexistes utilisées pour rabaisser la personne. Pire le double sens des mots. Les blagues à connotation sexuelle. Les sous-entendus sont partie intégrante de leurs conversations.

Ces attaques en règle visent souvent des jeunes fragiles, timides et réservés.

Le harcèlement commence dès lors que se produisent et se répètent ces injures dites pour « faire rire ». Cela dans l’irrespect de l’autre, et encore plus de l’autre sexe. L’imagination de ces élèves est développée par des sites qui a priori n’ont rien de pornographique.

Le harcèlement et l’effet de groupe

Ensuite, le harcèlement est favorisé par l’effet de groupe où « naturellement » il existe des forts et des faibles, des réservés et des exubérants. Bref tout ce qui fait la gamme du psychisme humain. Si le groupe évolue sans règles autres que celles émanant de la nature psychique alors il n’est pas rare de voir se développer des agissements harceleurs. Le harceleur s’attaque à tout ce qui est différent de la majorité. N’importe quelle différence dans le groupe tels que la taille, la corpulence, l’intelligence, le handicap, la coiffure, l’habillement,… sont suffisants pour être le terreau des harceleurs.

Mais un groupe n’est pas une meute animale. L’enseignant se doit d’être le « chef d’orchestre » pour maîtriser justement ces effets de groupe.

Le harcèlement et l’éducation parentale et scolaire

L’éducation parentale puis scolaire joue un rôle fondamental dans l’élimination des effets pervers du groupe. Le harceleur parfois insidieux et violent prend plaisir à « taquiner » et à mettre à mal une autre personne. La source de ce plaisir provient d’une nature perverse : éprouver du plaisir à faire du mal à l’autre.

Enfin, si les attaques sexistes sont opérantes, c’est parce que les jeunes acceptent encore l’idée qu’il existe des caractéristiques propres à chaque sexe. D’où des comportements qui intègrent la différence et reproduisent négativement cette soi-disant différence. Certes la nature nous différencie mais non la culture. Et l’école devrait être là pour ne pas hiérarchiser ces différences.

Le rôle de l’enseignant

C’est donc, à nous, enseignants d’être encore plus vigilants pour relever coûte que coûte les remarques, les comportements et les rapports déplacés, dégradants. En tant que professeur, nous sentons intuitivement la classe et sentons qu’un malaise existe. Notre perception est toujours la bonne et nous devons passer du temps à observer comment se comporte le groupe. Même si personne ne nous dévoile ces comportements pervers, nous pouvons les percevoir.

Éduquer, aider et parfois dénoncer

Il est alors impératif de parler tout d’abord dans la classe pour faire comprendre le côté néfaste de ces agissements. Puis aux élèves supposés, victime et bourreau. Si rien ne se passe, il est nécessaire d’alerter le responsable pédagogique administratif et aussi d’en parler aux parents des deux côtés. Car les parents ont un rôle à jouer très important et dans l’écoute et dans l’aide au respect. C’est ce que nous faisons dans nos classes de lycée.

Marie Noëlle Tardy explique que « éduquer signifie aider son enfant à découvrir qui il est, et, à inscrire sa singularité dans la communauté des autres, tout en comprenant que la réalisation de ses désirs est limitée par des interdits. Une limite n’est crédible que si elle est juste et que si l’adulte qui la transmet n’y a été ou n’y est soumis ». Dans son livre, la maltraitance des enfants, les protéger des méchants. Cette psychiatre, spécialiste de la précocité et des adolescents explique comment et pourquoi apparaissent ces comportements harceleurs. Mais surtout quels en sont les remèdes, les aides pour renforcer la personnalité des jeunes, victimes de harcèlement qui développent des conduites allant jusqu’à la phobie scolaire ou même le suicide.

C’est parce qu’elle donne les armes à la pensée, en la structurant, que l’école peut être un moteur du changement. Nous, éducateurs, avons un rôle fondamental pour déjouer ces travers psychiques dangereux. Pour apprendre, pour penser librement il faut avoir un esprit non obstrué par des maltraitances ou par des schémas de pensées culturels ou familiaux négatifs.

Cet article de notre directrice Annie Reithmann a été publié dans le Huffpost du 5 novembre 2016

Sur le même sujet, l’émission de France 5 « La quotidienne », dont le titre est « Non au harcèlement », qui a comme invitée principale notre directrice Annie Reithmann.

Voir l’émission sur le site de france tv

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